Raoul Gufflet : le DG adjoint de la MCB au cœur d’un changement climatique

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Raoul Gufflet est l’homme des intuitions heureuses : il parvient à trouver les éléments qui contribuent à renforcer une vision cohérente de la stratégie de la MCB. Mais, Raoul Gufflet est aussi l’homme aux impulsions malheureuses : les incidents avec ses collègues se multiplient, poussant certains au départ et suscitant l’angoisse chez d’autres. L’homme est-il respecté ? Ce qui est certain, c’est qu’il est craint.

« Lokal is beautiful », ce n’est pas qu’un slogan. Encore moins une campagne marketing pour vanter un produit quelconque. Les professionnels de la communication corporate ne peuvent s’y tromper : c’est la déclinaison structurée d’une communication qui aligne les valeurs institutionnelles de l’entreprise à ses objectifs business. Cette orientation, la MCB le doit grandement à Raoul Gufflet. Au lieu de passer en force pour imposer sa vision des transformations, il a fait appel à l’agence Utopies et c’est ainsi que tout un personnel conquis s’est approprié le cadre conceptuel développé par Elisabeth Laville et Laurence Boreinsztein.

Plus qu’une transformation, il s’agit, en réalité, d’une rupture totale avec une conception locale du monde des affaires, où les entreprises se ressemblent toutes dans leur manière de décliner leur identité corporate : ici, quelques données comptables pour afficher des progressions, et là, un descriptif des activités commerciales avec la reprise d’un vocabulaire puisé de Harvard Business Review et du jargon du monde financier. La MCB allait désormais développer un narratif puissant, qui consiste à ancrer l’institution bancaire au cœur de son environnement social et politique.
 
C’est dans ce contexte que survient l’incident anecdotique qui illustre pour beaucoup le tempérament de Raoul Gufflet, avec ses réactions vives, voire véhémentes. D’après les récits corroborés, il y a un cadre qui s’est enquis auprès de Raoul Gufflet, dans le couloir, pour savoir si cette démarche de rupture avait préalablement obtenu l’aval du directoire… Et alors que les cadres écarquillaient les yeux pendant que les animatrices d’Utopies leur faisaient écouter des chansons de Kaya sur les images dépeignant la culture des zones péri-urbaines, Raoul Gufflet pénètre dans la salle et prend le micro pour faire la mise au point au sujet de la validation de l’exercice en cours. « Cela a plombé l’atmosphère d’un coup. Il y a eu un flottement, chacun s’est regardé avec embarras et heureusement les animatrices ont repris les choses en main », raconte un témoin de la scène.

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Raoul Gufflet serait ainsi porté à la démesure pour peu qu’il sente sa légitimité contestée. Les témoignages sur son relationnel ne sont pas des plus flatteurs, même chez ceux qui n’ont pas eu de différend avec lui. Car, les différends il y en a et donnent lieu à des clashes plutôt rudes.  Des différends entrainant parfois pertes et fracas.
 
Ainsi, certains évoquent un récent incident avec Paul C., un cadre respecté autant pour son âge que pour ses démarches avisées sur le continent africain. « Paul est retourné à son bureau, il était blême. On n’aurait jamais imaginé que lui aussi subirait les propos humiliants de Raoul. On a cru un moment qu’il allait partir, prendre sa retraite anticipée, mais il a choisi de rester… », nous dit quelqu’un qui avait vu le vieux cadre retourner à son bureau après cet incident.

« Loraz dan lé paraz ! »

D’autres nous parlent du départ de Didier M., l’ancien patron du Private Banking, celui dont on dit qu’il a façonné ce secteur du business. Les amis de celui-ci sont loin d’être tendres envers Gufflet qu’ils décrivent même comme un « narcissique pervers ». C’est clair qu’ils ne le portent pas dans leur cœur : il n’y a pas eu un mot pour annoncer le départ de leur collègue et plus un mot à son sujet.

Un tabou brisé par Alain Law Min il y a deux semaines, au cours d’une réunion avec les cadres de ce département. « Alain a fait l’éloge de Didier M. en disant qu’il a accompli un travail important pour structurer le Private Banking. Gufflet était là, mais Alain était comme transformé : c’était le chef qui parlait. Quand Raoul s’est adressé à l’équipe, ça a été la surprise générale : pas un mot désagréable, pas le moindre propos désobligeant ! », relate un témoin.

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Des « propos désobligeants » : c’est à croire que tous ceux que nous avons interrogés se seraient passés le mot, tant le terme revient sans cesse dans la majorité des récits. Si tous n’ont pas eu de confrontation directe de cette nature avec le personnage, il y a quand même le récit d’un incident qui a circulé à tous les niveaux parmi les employés : c’est lors d’un cocktail dans le cadre d’une conférence à Genève – Africa CEO Forum en mars 2017, selon nos informations – Nicolas B. présente un de ses apporteurs d’affaires, Patrick L., à Raoul Gufflet. Les familiarités du cocktail sont telles que Patrick L. interpelle son interlocuteur au sujet de quelques lenteurs concernant les dossiers de quelques clients. Gufflet s’enflamme, invective bruyamment Nicolas B. qu’il accuse de l’avoir piégé. « T’es viré ! », fulmine-t-il. Des clients et d’autres cadres de la MCB sont témoins de cette furie qui fait scandale. Ils réconfortent le jeune Nicolas B., l’encourageant à poursuivre sa mission et de se rendre comme prévu à ses rendez-vous à Monaco.

A son retour à Maurice, Nicolas B. n’est pas limogé ; il est seulement ignoré de ce supérieur hiérarchique. Le jeune homme s’accroche ; il s’occupe des dossiers de ses richissimes clients, dont certains le prennent en belle passion et l’encouragent à fonder son cabinet… Selon nos informations, au lendemain de la Fête Nationale, Nicolas B. a posé sa lettre informant qu’il s’engageait… dans les voies de l’indépendance !

La MCB vit actuellement son changement climatique. La fonte des glaces, toutefois, pourrait provoquer des tsunamis. Au début de notre enquête, nos sources nous apprenaient que Raoul Gufflet ne répondait pas aux mails de certains collaborateurs. Au moment de boucler cette enquête, nous apprenons qu’il y a aussi des cadres qui non seulement ne répondent plus aux mails du DG adjoint, mais ne les lisent même pas… puisqu’ils les destinent à la poubelle !

« Zafer pa bon » : si on veut tâter le pouls d’une corporation comme la MCB, il faut sonder ses garçons d’étage et ses coursiers. Entre deux paires de dholl-puri au Marché Central, ça cause. Il suffit de tendre l’oreille ; ils parlent de Raoul Gufflet, qu’ils trouvent depuis peu bien trop calme: « Loraz dan lé paraz ! » Ça rime, et c’est plein de bon sens. N’est-ce pas que « Lokal is beautiful » ?

J.T.

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