Le grand écart…

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Le fait que Bruneau Laurette ait obtenu l’aval du DPP pour des poursuites privées avec la citation directe des ministres Ramano (Environnement) et Maudhoo (Affaires maritimes) est passé à la trappe des considérations médiatiques suite aux incidents survenus aux abords du tribunal de Mahébourg vendredi dernier (21 août) le jour de la comparution desdits ministres. Le Mauricien est moqueur et, de la troupe des vociférants des slogans pro-MSM et les cris à la gloire du ministre de la Pêche et des Affaires maritimes, il n’aurait retenu que la fuite d’un fort-en-gueule devenu la risée des internautes sur les réseaux sociaux. Mais l’histoire a pris une toute autre tournure avec l’arrestation des frères Dardenne. Car, celle-ci, effectuée sans mandat d’arrêt, est venu ponctuer une catastrophe écologique avec un désastre démocratique.

« Aucun écart de conduite ne sera toléré », affirme Khemraj Servansing, le commissaire de police (CP), en se référant à la marche citoyenne qu’organise Bruneau Laurette, qui se définit comme un activiste social. « A la bonne heure ! », pourront dire les uns et les autres, quand bien même que les mêmes raisons ne seraient pas invoquées.

Les nôtres proviennent d’une préoccupation au sujet des écarts de conduite venant des rangs de la police elle-même. Il y avait eu, au début du confinement, celles des violences policières à l’encontre de civils non-armés et n’opposant aucune forme de résistance, qui avaient choqué la population. Des violences qualifiées du terme « Écarts de conduite » par nul autre que le commissaire de police lui-même, M. Mario Nobin qui, lors d’une conférence de presse, faisait état des « actions répréhensibles » de certains « éléments indésirables » de la police.

Dans quelle mesure les policiers sont eux-mêmes respectueux de la loi pour la faire scrupuleusement respecter ?

Ces « écarts de conduite » montraient hier la même chose qu’ils montrent aujourd’hui : la qualité du commandement du titulaire du poste de CP sur ses troupes ! Où en est l’enquête du chef de la Sûreté nationale d’alors, le surintendant Rugbar, et du DCP Choolun Bhojoo qui en avait la supervision ? Qui sont ces éléments indésirables ? Qu’est-il advenu d’eux ? Mario Nobin est devenu commissaire des prisons et son successeur se retrouve aujourd’hui dans les mêmes sabots, avec certains agents qui semblent peu soucieux de respecter eux-mêmes les lois pénales et constitutionnelles.

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Car, c’est bien de cela qu’il s’agit : dans quelle mesure les policiers sont eux-mêmes respectueux de la loi pour la faire scrupuleusement respecter ? Car, si un commissaire de police n’est pas en mesure de commander efficacement ses troupes, serait-il déraisonnable de prédire que la dégradation du respect de la loi et de l’ordre public se poursuivra par le fait même des membres de la force policière ?

Ce qui devrait retenir l’attention, c’est que le commissaire Servansing se retrouve aujourd’hui avec deux patates chaudes : (1) la gestion calamiteuse du dossier du Wakashio par la National Coast Guard qui n’est pas parvenu à arraisonner ce vraquier qui, ne répondant aucunement aux appels qui lui étaient adressés, correspondait à la désignation d’un « vaisseau fantôme », et que celui-ci a navigué pendant au moins cinq heures dans nos eaux territoriales1 avant de s’échouer sur les récifs avec les dégâts que l’on connaît, (2) les arrestations sommaires des frères Dardenne dans des conditions défiant les droits des personnes interpellées et exposant éventuellement les agents qui ont été à la manœuvre à des poursuites et des peines sévères si nos juges considèrent le procédé attentatoire aux libertés individuelles que chérit notre Constitution. Nous en avons connu, parmi ceux qui ont fait honneur à la Cour suprême, qui étaient à ce point sourcilleux sur les questions liées aux droits de l’homme qu’ils ne se seraient aucunement embarrassé de la largeur d’un panel d’avocats pour demander à ceux-ci pourquoi ils n’ont pas opté pour le recours au writ de habeas corpus alors qu’ils étaient privés d’accès aux deux interpellés qu’ils faisaient vœu de représenter. Car, il faut redouter le/la juge convaincu(e) du fait que les droits d’un justiciable aient pu être bafoués en raison d’une défense insuffisante.

En sanctionnant celui qui est à l’initiative de ces arrestations, Khemraj Servansing ne laissera aucun doute à ceux qui pensent qu’il pourrait un tant soit peu transiger sur l’indépendance que lui confère la Constitution.

Quoi qu’il en soit, quand la force policière est rendue à ce niveau où l’a laissé Mario Nobin – avec les décès en cellule policière et les soupçons dont il a fini par faire lui-même l’objet – le présent titulaire au poste de CP devrait se demander si, en l’absence de toute résolution de changer de cap, cela valait la peine d’hériter d’un tel passif.

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Car, sa nomination lui vaut de faire équipe avec l’inénarrable Hemant Jangi, devenu responsable des enquêtes du CCID. Les insuccès de ce dernier à convaincre les juges du bien-fondé de ses enquêtes au sujet du citoyen Navinchandra Ramgoolam – sujet à une interpellation à grand spectacle mettant même l’intégrité physique du suspect en danger – lui a valu une médaille nationale. Le CP doit ainsi, pour ses enquêteurs, s’accommoder d’un chef décoré… pour l’ensemble de ses choux blancs ! En outre, il a besoin de composer avec le conseiller du Premier ministre, Vinod Appadoo, l’ancien patron de la brigade anti-drogue, passé commissaire des prisons qui avait instauré ses mesures anti-tabac hors du cadre légal prescrit pour de tels règlements intérieurs.

Au sein des casernes, tout le monde a l’œil sur le commissaire. Il ne peut feindre l’ignorance : il a bien fallu que certains officiers de haut rang nous renseignent sur ce qu’ils considéraient des écarts dans le maintien du poste de garde au domicile d’Anerood Jugnauth, avec cinq éléments de la SMF pour y assurer la garde en 24/7. Il doit bien réaliser aussi qu’il a mécontenté ses brigades à la SMF qu’il n’a pas su défendre contre ce que ces hommes considèrent des abus pour le gardiennage prolongé des chantiers du Metro Express.

Le Mauricien est moqueur, disions nous, et le CP aurait tort de penser que le port de l’uniforme enlève cette faculté aux hommes sous son commandement. Quelques-uns aux Casernes Centrales comparaient sa récente nomination au consentement à un mariage où il hérite de deux beaux-frères avec lesquels il doit partager son lit !

Le commissaire Servansing devrait-il craindre des « écarts de conduite » de la part de ceux qui marcheront avec Bruneau Laurette ce samedi ? Même si cela paraît farfelue, la probabilité existe. Mais le commissaire dispose d’éléments compétents qui avaient choisi, lors de la marche précédente de Konversasyon Solidèr, de ne pas confronter la foule avec des éléments menaçants et hostiles mais de l’encadrer avec des officiers polis et avenants.

Ce qui change cette fois, c’est qu’il y a des éléments au sein de la force qui ont reçu des ordres pour procéder à des arrestations en s’écartant du droit. Les éléments de la force policière comprennent parfaitement que c’est le caractère de leur commissaire qui est aujourd’hui testé.

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En sanctionnant celui qui, venant de ses rangs, est à l’initiative de ces arrestations, Khemraj Servansing ne laissera aucun doute à ceux qui pensent qu’il pourrait un tant soit peu transiger sur l’indépendance que lui confère la Constitution. A défaut, du Premier ministre à l’ensemble des agents oranges, le MSM se réjouira de disposer d’un pantin galonné, capable pour eux du plus grand écart.

Joël TOUSSAINT

1Le MV Wakashio, alors qu’il était dans la voie navigable connu comme le « Innocent Passage » a pénétré notre Zone Economique Exclusive (ZEE) deux jours avant de se retrouver drossé sur les récifs à Pointe d’Esny. Mais le vraquier nippon aurait changé de cours durant cinq heures avant de s’échouer. La communication du gouvernement s’articule sur la distinction entre la ZEE et les eaux territoriales en vue de minimiser ses responsabilités quant aux capacités d’intervention des garde-côtes. L’argumentaire prend eau cependant compte tenu de la dangerosité de la trajectoire finale couplé au fait du « vaisseau fantôme ». Il est vrai qu’il est difficile d’intervenir sur le cours du vraquier en moins d’une heure compte tenu de sa masse et de sa vitesse, mais quand il s’agit de cinq heures, un tribunal d’enquête (court of investigation) ne devrait pas s’ennuyer en s’enquérant de tout ce qui devait être entrepris durant ce temps soit pour le stopper ou le dévier de sa trajectoire.


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