Johnson menace de vider Hong-Kong de sa substance

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Plus d’un tiers de la population éligible en sujets britanniques

Boris Johnson, alors maire de Londres, survolant Hong-Kong en hélicoptère en 2013

Alors que l’Assemblée nationale populaire de Chine a décidé fin mai d’imposer une loi sur la sécurité nationale dans le territoire, les craintes liées à l’avenir de Hong Kong pourraient convaincre le Royaume-Uni de revoir son système d’immigration en vue de faciliter la venue de certains Hongkongais « si la Chine persiste dans cette voie ». Boris Johnson, le Premier ministre britannique, a, en effet, proposé de modifier les règles de citoyenneté permettant à tout détenteur du passeport British National Overseas (BNO)de rester en Grande-Bretagne pour un an, (renouvelable plusieurs fois), et surtout, de pouvoir y travailler et, à terme, d’obtenir la pleine citoyenneté britannique.

Le Premier ministre britannique s’est engagé dans un véritable bras de fer avec Pékin en envisageant de nouvelles règles qui permettraient à un tiers des Hongkongais de passer en Grande-Bretagne ! Dans une tribune publiée par The Times et dans le South China Morning Post, le grand quotidien hongkongais, le 3 juin, Boris Johnson a fait part de son intention d’« honorer nos obligations et de proposer une alternative ». Si la Grande-Bretagne met effectivement à exécution cette mesure annoncée par Boris Johnson on pourra effectivement parler de « mesure historique ».

Concrètement, près de 3 millions d’habitants sur les 7,5 millions que compte Hong Kong sont éligibles à un passeport estampillé « British National Overseas » (BNO), ou Britannique d’outre-mer. En effet, selon les récentes statistiques, quelques 350 000 Hongkongais détiennent un passeport BNO. Près de 2,5 millions de personnes supplémentaires peuvent en faire la demande. Dans les conditions actuelles, le document permet de rester au Royaume-Uni sans visa pendant six mois. Dans sa tribune, Boris Johnson propose de porter la durée à douze mois renouvelable, « assortie de la possibilité de travailler, ce qui mettrait les personnes sur le chemin de la citoyenneté britannique ».

L’idée n’est pas nouvelle, c’est la résolution de Johnson qui l’est. Boris Johnson dit lui-même qu’il s’agit d’une des plus vastes modifications du système de visas de l’Histoire britannique. Dans les années 1980, au moment des négociations entre Londres et Pékin en vue de la rétrocession de la colonie britannique à la Chine, cette catégorie de citoyens avait fait l’objet de considérations. L’un des points sur lequel « tout le monde était d’accord, c’est qu’il fallait éviter une émigration massive » vers le Royaume-Uni. D’où le statut BNO. La question hante toujours les esprits. « Le Royaume-Uni est un endroit froid, lointain et peu attrayant aux yeux de nombreux Hongkongais, qui penchent plus naturellement vers Singapour et Taïwan. Penser que cette proposition entraînerait un appel d’air est absurde », commente sur un ton bien dissuasif le journal très conservateur The Times.

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Hong-Kong, indispensable pour qui ?

L’accueil de la nouvelle est plutôt mitigé à Hong-Kong. « Il nous faut davantage de clarifications sur les modalités, et la manière dont ce processus mènerait à la citoyenneté britannique », insiste un porte-parole de l’organisation Democracy4HK, sise au Royaume-Uni. Autre réserve : le statut de BNO ne concerne que les Hongkongais en ayant fait la demande avant la rétrocession officielle, en 1997. « La plupart des gens qui prennent part aux manifestations actuelles sont trop jeunes pour y prétendre. Ils resteraient donc seuls face à la colère de Pékin », analyse The Times.

Du point de vue occidental, on estime que soit Pékin renonce à l’application des lois sécuritaires (qui privent les Hongkongais de leur libertés négociées par les Britanniques avant la rétrocession en 1997 du la Colonie à la Chine), ou alors Londres applique ces nouvelles règles. Dans cette optique, l’application d’une telle mesure viderait littéralement le territoire hongkongais de ses forces vives et les conséquences ruineraient alors l’économie chinoise.

Le Premier ministre chinois Zhao Ziyang et la Première ministre anglaise Margaret Thatcher signent la déclaration commune sino-britannique (19 décembre 1984) sur la question de Hong Kong permettant à la Chine d’exercer la souveraineté de sur cette île à partir du 1er juillet 1995. © Crédit photo : PIERRE-ANTOINE DONNET / AFP

On a du mal à comprendre un tel effet de contagion si l’on s’en tient seulement aux au poids de Hong-Kong qui représente à peine 3% du PIB chinois, une bien infime fraction de l’économie chinoise. Mais, l’éléphant a besoin de la fourmi car, même si la Chine s’est développée de manière pharaonique, Hong-Kong est néanmoins indispensable à Pékin. Il n’y a qu’à comparer l’aisance à la conversion du remimbi ou yuan chinois et celle du dollar hongkongais, par exemple. Au-delà, il y a tout le système financier hongkongais – l’un des plus importants et l’un des plus sophistiqués au monde – qui constitue un arsenal pour les entreprises chinoises. Car, c’est par Hong-Kong que passe, en effet, un tiers des investissements étrangers vers la Chine. Les hostilités commerciales entre la Chine et les Etats-Unis rendent Hong-Kong encore plus précieux pour l’économie chinoise.

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Depuis un an, et le début des manifestations hongkongaises, les manifestants réclamaient l’aide des démocraties occidentales, en expliquant qu’ils se battaient pour nos valeurs : liberté, démocratie. Jusqu’ici la réponse britannique a été au mieux timorée, au pire rhétorique. Alors que l’on croyait les parties paralysées par les enjeux économiques, Boris Johnson vient de lancer, à partir d’un texte, une politique de reconquête des sujets de sa Majesté, à défaut du territoire lui-même. Ce sont peut-être là les premières manœuvres d’une ré-édition de l’empire britannique…


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