Firoz, l’aristocrate indocile !

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Penseur et militant des Droits de l’Homme, l’artiste-peintre Firoz Ghanty est décédé mardi matin. Dans notre publication où nous nous montrons plus spontanément irrévérencieux que portés aux éloges funèbres, ce n’est pas tant le talent que nous entendons saluer mais le fait que l’homme incarnait le caractère de l’indocile. Et de l’aristocrate !

« Un être sans masque, c’est rare »: Umar Timol, auteur de cette photo de Firoz Ghanty

Autant que lui par ses œuvres provocatrices et osées, nous demeurons dans ce registre pour lui rendre  hommage. Nous disons de lui qu’il est un aristocrate car nous nous référons à l’entendement baudelairien du terme. Et cette distinction, dans le raisonnement du poète, se reporte à l’art des bourgeois se complaisant dans l’entre-soi tandis que l’artiste aristocrate, lui, n’a pas peur de déplaire ! Et c’est bien là le trait majeur de l’aristocratie et qui fait que l’œuvre de l’artiste ne se confond pas avec cette production issue de la copulation tarifée avec les pique-assiettes qui, pour peu qu’ils noircissent les colonnes de la presse locale, s’autoproclament critiques d’art.

Il en résulte, selon les mots-même de Firoz : « une période de misère esthétique, de pauvreté intellectuelle ». Ses propos émanent de la rigueur d’une pensée qu’il entretenait comme d’autres vont faire de la musculation. Et sans cette rigueur, son art en aurait pâti. « Un artiste est pour moi un penseur, un philosophe. Nous manquons de vrais artistes en ce moment ».

Les propos tombaient drus, et bien entendu, considérés trop durs par ceux qui ont abdiqué de leurs facultés cérébrales. « A Maurice, on est dans la démission des intellectuels et la défaite de la pensée. Tout est globalisé et tout est assujetti à la production et à l’économie », disait-il, n’hésitant pas à faire allusion à une « anémie intellectuelle ».

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S’il n’excusait rien, Firoz Ghanty ne condamnait pas aveuglément non plus. Car, pour peu qu’on le connaissait, on réalisait assez rapidement que c’était un tendre qui appliquait consciencieusement le tranchant de l’analyse. Cette carence intellectuelle qu’il mentionne serait due, selon lui, aux « rendez-vous manqués avec l’histoire ; deux pour être précis ». Le premier, celui de l’indépendance « que les politiques de l’époque ont pervertie », précise-t-il. Et d’ajouter : « le second raté est l’année 1982 qui a été torpillée de l’intérieur, assassinée, dilapidée. Aujourd’hui on est dans les conséquences de ces grands ratés ».

C’est certainement parce qu’il s’était donné les moyens d’une démarche épistémologique qu’il était capable de situer ces ruptures historiques. Désireux aussi de se connaître pour pouvoir se reconnaître dans l’histoire des sciences et des idées. Pour être cet humaniste suffisamment lucide pour affirmer qu’il ne croit pas en l’humain… Car, « l’humain n’est pas biologique, mais une quête intellectuelle ».

Joël TOUSSAINT


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