Air Mauritius : L’heure de vérité devant l’ERT

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Multiplication des manœuvres de déstabilisation des PNC

Shery Singh (à gauche) et Satar Abdoula (à droite)
Pourquoi veulent-ils que le syndicat des PNC abandonnent son recours à la justice?

Avec le début des procédures devant le Employment Relations Tribunal (ERT) aujourd’hui, les manœuvres de communication des administrateurs de Grant Thornton et de déstabilisation syndicale de Shery Singh devraient prendre de nouveaux reliefs. Au-delà, on aura assisté durant ces deux dernières semaines à la disparition d’un dispositif d’information (Rocade) qui permettaient au personnel navigant de suivre les mouvements opérationnels les concernant.

L’élimination du Rocade, dispositif d’information sur les mouvements opérationnels, a fait l’objet de nombreuses spéculations au sein du personnel navigant. La mesure est survenue après un test-flight effectué le 4 juin et ils découvraient ainsi que Pramil Banymandhub, officiellement à la retraite depuis novembre 2019, était aussi dans le cockpit. Selon nos informations cependant, l’élimination du Rocade a une conséquence directe : celle d’occulter les rotations des membres du personnel. Car de nombreux PNC ne volent plus depuis des mois alors que certains de leurs collègues rempilent sur les vols de rapatriement ou de cargo. Cette situation, comme on peut l’imaginer, est susceptible de diviser le personnel navigant autour des allocations, d’autant plus que les allocations repas ont été unilatéralement remplacés par une Overseas Duty Allowance nettement inférieure et qui ne tient pas compte des coûts différenciés entre les destinations. Comme nous l’avons révélé précédemment, ce sont les PNC qui subventionnent les repas que la compagnie est censée rembourser au bout du deuxième mois.

Pramil Banymandhub, de la sanction aux commandes, de la retraite au cockpit

Quant à Pramil Banymandhub, malgré son repêchage après ses modes de certification complaisantes avec Alain Leung, son successeur aux opérations de vol, avait pu se retrouver à la tête de ce département jusqu’à son prétendu départ à la retraite. Mais, on devait retrouver le commandant des gros porteurs casé au sein de Mauritius Helicopter Ltd., la filiale hélicoptère d’Air Mauritius. C’est cette compagnie distincte qui aurait postulé pour un permis pour opérer comme transporteur commercial et la démarche est agitée comme une perspective de liquidation d’Air Mauritius.

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Mais les plans des administrateurs ne sont toujours pas connus et, même si Satar Hajee Abdoula a affirmé vouloir aller vite, Grant Thornton a bien sollicité et obtenu une extension de la période d’administration volontaire. L’exécutif du syndicat des PNC a tenu bon sous les coups de boutoir et a obtenu de pouvoir confronter les administrateurs sur le terrain de la justice. Me. Priscilla Balgobin, instruite par l’avoué Me. Robin Mardemootoo, tous deux de Dentons, sollicite le tribunal pour que les administrateurs transmettent à leurs clients, la Air Mauritius Cabin Crew Association (AMCCA, le syndicat du personnel navigant cabine – PNC), les données au sujet des créances et des créanciers de la compagnie, ainsi que leurs orientations de redressement. Car, sommés d’abandonner leurs accords avec la direction et de déterminer comment ils allaient participer au dégraissage envisagé de 50 % du personnel, les PNC n’ont toujours aucune visibilité sur les causes du désastre financier. Le tribunal devra conclure s’il est ou non raisonnable de demander aux PNC d’envisager des sacrifices en l’absence d’éléments objectivables.

De la propagande aux faits

Satar Hajee Abdoula a eu la partie facile avec son exposé univoque du 1er juin dernier à un parterre de journalistes plus aptes à rapporter qu’à questionner ses propos. Pour moult raisons, pas toutes très élogieuses, ceux-ci s’étaient jusqu’ici fait l’écho des propos rassurants d’Arjoon Sudhoo et de Somas Appavou, respectivement l’ancien président et l’ex-directeur-général d’Air Mauritius, alors que les chiffres établissaient depuis plusieurs années déjà la mauvaise santé financière d’Air Mauritius. Néanmoins, pour ce qui est d’établir les faits au plan juridique afin de convaincre un tribunal, ce sera une autre paire de manches pour les acteurs de Grant Thornton : seul comptera la véracité des éléments qui se mesurent aux canons du droit mauricien plutôt qu’aux opinions qui fluctuent sur Facebook au gré des nouvelles plantées dans certains journaux.

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Comme nous l’avions révélé la semaine dernière, c’est Inside News, l’organe de propagande du présent gouvernement qui avait donné le ton pour intimider l’exécutif du syndicat. Avec la démarche grossière qui caractérise cette publication, le message des administrateurs à l’AMCCA leur imputait la responsabilité d’une éventuelle liquidation s’ils tenaient « la corde raide »1.

Les derniers éléments publiés ce week-end seraient que les administrateurs envisageraient de résilier tous les contrats des PNC et de les ré-embaucher à leur demande avec des conditions révisées à la baisse. Les administrateurs ne sont toutefois pas explicitement cités ; ce qui indique le caractère tendancieux de la nouvelle puisqu’en cas de vérification, les journalistes auraient pu la confirmer ou l’infirmer. En l’état, cela participe à une désinformation orchestrée à des fins de manipulation.

Nous savons qu’une agence distille désormais des « ballons-sondes » auprès de son réseau de journalistes. Travaille-t-elle pour le compte des administrateurs eux-mêmes ou a-t-elle été engagée par Shery Singh ? Les agissements de ce dernier sont présentés comme celui d’un responsable d’un « Facilitation Committee », dont on ne sait, si tant est que ledit comité existe réellement, à quel moment il aurait été constitué et par qui.

Les « ballons-sondes », comme ceux ayant trait au licenciement en vue d’instaurer un nouveau contrat, servent essentiellement à déstabiliser l’exécutif du syndicat des PNC. Les membres sont ainsi ballottés entre la perception que les administrateurs pourraient exercer leurs faveurs envers ceux qui abandonnent volontairement les conventions collectives, et celle que ceux-ci pénaliseraient les partisans des procédures de justice. Or, Satar Abdoula ayant lui-même affirmé publiquement que toute la procédure d’administration se ferait légalement, les agissements de Shery Singh par le biais de son agent, Ravi Hardowar, pour que le syndicat des PNC abandonne ses procédures auprès de l’ERT n’en est que plus suspect.

Diviser les membres du syndicat

Le dénommé Hardowar, qui avait appelé à une mutinerie contre ses co-dirigeants de l’exécutif en début de semaine dernière, semblait pouvoir attirer du monde au sein des PNC. Toutefois, l’attrait de son groupe de soutien relevait d’une astuce virtuelle ; les membres qui s’y retrouvaient sans avoir été consultés se désengageant en apprenant ses liens de parenté avec le patron des télécoms désormais célèbre pour ses techniques d’apprivoisement de syndicalistes.

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Les manœuvres en cours en vue d’inciter les responsables du syndicat à abandonner les recours en justice suscitent une interrogation majeure : qui sont ceux qui n’ont aucun intérêt à ce que les choses se passent conformément aux droits de toutes les parties ? Satar Abdoula avait affirmé ne pas s’intéresser à ce qui s’était passé pour l’achat des avions. Le syndicat des PNC, pour sa part, exige la transparence sur les actifs et les passifs de la compagnie. Ce qui change dans le rapport des choses, c’est qu’avec Dentons, l’AMCCA n’est pas qu’un syndicat avec des représentants de PNC ; c’est une entité qui peut se prévaloir de son statut de créancier dans la procédure d’administration volontaire.

On sait aujourd’hui que Dentons a interpellé les administrateurs en au moins deux occasions pour qu’elle donne des informations à ceux des PNC qui devaient signer un accord de départ prématuré à la retraite. Les PNC, expliquait Dentons, ont besoin de pouvoir prendre une « informed decision ». Or, ces PNC n’ont eu d’autres choix que de signer les conditions prescrites avant la date butoir du 4 juin. Le genre de pratiques susceptibles de faire sourciller bien des juges.

1« Toutefois, il nous revient que si certains parmi les employés continuent à tenir la corde raide, toute action qu’ils entreprendront, retardant le processus, constituera une entrave. Par conséquent, les deux administrateurs, en l’occurrence Sattar Hajee Abdoula et Arvindsingh Gokhool n’auront d’autre choix que d’aller vers la liquidation ». – Inside News, 12 juin 2020.


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