Air Mauritius : le syndicat des PNC attaqué de l’intérieur

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Shery Singh tente de briser la cohésion de l’exécutif de l’AMCCA

Alors que le syndicat du personnel navigant cabine d’Air Mauritius (AMCCA – Air Mauritius Cabin Crew Association) a entrepris plusieurs actions juridiques à l’encontre des administrateurs de la compagnie, Satar Hajee Abdoula et Arvindsingh K. Gokhool, du cabinet Grant Thornton, le gouvernement tente les grandes manœuvres pour briser la cohésion de l’exécutif du syndicat. Ainsi, sur un premier front, c’est Sherry Singh, le patron de Mauritius Telecom, qui intervient personnellement auprès de quelques éléments chargés d’exercer leur influence afin de disloquer l’exécutif de l’AMCCA. Et comme dans toute guerre, on retrouve aussi les armes de la propagande, avec Inside News en particulier qui intime la marche à suivre avec des menaces à peine voilés.

Sherry Singh, le patron de Mauritius Telecom a été introduit au conseil de surveillance d’Air Mauritius au début de cette année.

Sherry Singh a une réputation qui le précède : c’est le patron qui est non seulement parvenu à mater les responsables des syndicats de la téléphonie à capital d’Etat, mais en a fait ses défenseurs, tellement acharnés qu’ils sont prêts à aller manifester devant toute organe de presse qui mettrait en cause le personnage. L’homme derrière la campagne « Viré Mam » du MSM en 2014 est aux opérations pour que les membres du personnel navigant cabine (PNC) virent de bord. Ceux-ci réunis majoritairement au sein de l’AMCCA avaient crée la surprise lorsque le syndicat s’est posé comme créancier de la compagnie.

La surprise était d’autant plus grande quand les administrateurs ont fait connaissance avec les conseillers juridiques du syndicat : ce sont les juristes de la firme Dentons, mené par Me. Robin Mardemootoo lui-même, qui représente les intérêts des PNC. Il était peu probable que des représentants syndicaux fassent appel à un cabinet spécialisé dans le monde de la finance et des intermédiations dans divers secteurs spécialisés, dont celui de l’aérien. Mais c’est bien ce qui s’est finalement produit.

Passés les premières rencontres avec les administrateurs, les représentants des PNC se sont vite aperçus que ni Abdoula ni Gokhool n’avaient de plan à proposer, encore moins d’objectifs stratégiques permettant de justifier le dégraissage souhaité de 50 %. Même pas les chiffres qui fourniraient un état des lieux de la situation d’Air Mauritius. Rien. Absolument rien. Abdoula leur demandait, par contre, de soumettre des propositions et les sacrifices auxquels ils consentiraient d’eux-mêmes… Pour servir quels objectifs justement ? C’est là que l’on s’aperçoit, comme nous l’avions écrit il y a un mois, que le patron de Grant Thornton brasse du vent sans pour autant décoller.

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En fait, c’est Dentons qui a mis fin aux préliminaires en requérant auprès de la Cour Suprême la permission de se pourvoir devant le Employment Relations Tribunal (ERT). SS. la juge Johan Moutou-Leckning y accordant son agrément, le syndicat des PNC était maintenant en mesure de réclamer les données chiffrées de la compagnie. Ce qui est fait depuis le 25 mai notamment par le biais d’une requête au tribunal ordonnant aux administrateurs de s’engager dans une procédure prédéterminée chez Air Mauritius pour discuter de tout changement majeur au niveau du personnel (Procedure Agreement). A cette requête s’ajoute une série d’informations qu’ils devraient fournir afin de justifier les objectifs de réduction de 50 % du personnel, en l’occurence : un état des lieux des directeurs, les actifs et les passifs de la compagnie, ainsi que la nature des créances et des créanciers concernés1.

En attendant cette épreuve, Satar Hajee Abdoula s’est adonné à un exercice de relations publiques, tentant de convaincre les journalistes qu’il fallait qu’il avance vite car chaque mois équivalait à Rs. 350 millions de dépenses. Il faut croire qu’il soit parvenu à ses objectifs puisqu’aucun des journalistes présents ne lui a demandé pourquoi il traînait la patte alors que les syndicats sont en attente de ses plans et de ses chiffres et que les responsables de l’AMCCA ont même du recourir à la justice pour obtenir ces données.

Entretemps Yogita Rama, la présidente du syndicat, ainsi que son exécutif, ont pris la mesure de ce qui se mettait en place au niveau du ministère du Travail. La rencontre organisée avec Soodesh Callychurn, le ministre du Travail, avait déjà été formatée afin que Jack Bizlall et Reaz Chuttoo interviennent au titre de représentants du personnel. Astucieux au plan politique ; Chuttoo s’était avancé en faveur des dirigeants politiques actuels aux dernières élections et Bizlall se retrouve avec le contingent du personnel administratif au sein duquel on trouve la plus grosse masse des embarqués politiques tous régimes confondus. On peut ainsi comprendre que pour les deux syndicalistes, et pour Bizlall en particulier, une résolution politiquement négociée ne serait pas une mauvaise chose.

Pourparlers sans aucun mandat

Au niveau de l’exécutif de l’AMCCA toutefois il était hors de question que les PNC soient sacrifiés à l’autel des considérations politiques. C’est qu’au sein du personnel d’Air Mauritius, les PNC font partie, en effet, de ceux qui doivent constamment, comme les pilotes et ceux engagés au service d’ingénierie, par exemple, se qualifier pour l’exercice de leur profession. Même ces quelques-uns qui vont jouer du piston politique pour les promotions doivent au préalable être jugés aptes à voler après l’examen régulier de leurs compétences.

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Ainsi, nous apprenons que le ministre Callychurn a été pris au dépourvu quand l’AMCCA a fait valoir qu’elle avait déjà transmis ses orientations aux administrateurs et que les réunions d’informations avec ceux-ci n’avaient rien produit de concret. L’association sollicitait l’intervention du ministre du Travail, Soodesh Callichurn, demandant notamment au ministre d’examiner la démarche des administrateurs de «contourner» les négociations syndicales en vertu de l’article 72A (1) de la Workers Rights Act. On imagine mal le ministre invitant les administrateurs à ne pas user des dispositions de la réglementation qu’il a lui-même édicté !

Avec ces événements mis en relief, on n’est plus du tout surpris que les ingénieurs, représentés par Reaz Chuttoo, aient aussi emboîté le pas aux PNC pour trouver une issue juridique à leur situation. Ainsi, après la charge contre les administrateurs, l’AMCCA a fini par se tourner légalement contre le ministère du Travail qui fait désormais l’objet d’une révision judiciaire. Le syndicat des PNC a demandé l’autorisation à la Cour suprême de contester un amendement apporté à la loi du travail à travers la Covid-19 Act. Les représentants du ministère du Travail, ainsi que les administrateurs en tant que défendeurs également, se sont opposés à cette demande. L’affaire appelée le lundi 8 juin, devant le Chef juge Asraf Caunhye, a été renvoyée au 29 juin.

La pugnacité du syndicat des PNC, efficacement avisé par Dentons, gène sérieusement le gouvernement et ses administrateurs qui multiplient désormais les initiatives en vue d’attaquer l’AMCCA de l’intérieur. C’est là qu’intervient Shery Singh avec ses rencontres qui, bien entendu, n’ont aucun caractère officiel. Conscient des appels du pied auprès de ses membres, l’AMCCA a approché très officiellement le patron de Mauritius Telecom, dont la secrétaire aurait alors fait comprendre que M. Singh ne s’engageait dans aucun pourparler officiel. Et pour cause, les seuls pourparlers possibles en l’état, ne peuvent s’engager qu’avec les administrateurs. Et ceux-ci n’ont pas mandaté Shery Singh, ou quiconque, pour discuter à leur place qui, rappelons-le, est légalement déterminé sous la juridiction de la Financial Services Commission.

Infiltrations et Intimidations

Mais, pour des agents politiques, ce qui ne peut être entrepris de manière officielle peut néanmoins être obtenu par d’autres biais. Il suffit généralement aux manipulateurs de trouver le maillon faible au sein d’une organisation adverse et, pour peu que l’on cerne ses besoins, on peut en faire l’élément perturbateur. C’est ainsi qu’un certain R.H. fait aujourd’hui fonction de « Cheval de Troie » au sein de l’exécutif de l’AMCCA. Selon nos informations, R.H. anime depuis la semaine dernière une dissidence au sein de l’AMCCA en faisant circuler des rumeurs, dont celle d’une manifestation au Caudan, parmi ses collègues PNC. Ces derniers, comme tout personnel aux abois dans le cadre d’un redressement généralement assorti d’un dégraissage, sont psychologiquement vulnérables et peuvent adopter l’attitude des désespérés qui s’accrochent à la moindre petite branche pour tenter d’échapper à la noyade. Mais jusqu’ici, malgré les tangages, l’exécutif du syndicat reste constante dans son approche de préférer le recours au judiciaire plutôt qu’aux solutions politiciennes.

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Mais, les tentatives de saborder l’AMCCA ne s’arrêtent pas là. Alors que la requête de l’AMCCA auprès de l’ERT évoque des menaces, celles-ci sont bel et bien distillées dans les médias propagandistes du pouvoir en place. Ainsi, on pouvait lire dans Inside News : « Toutefois, il nous revient que si certains parmi les employés continuent à tenir la corde raide, toute action qu’ils entreprendront, retardant le processus, constituera une entrave. Par conséquent, les deux administrateurs, en l’occurrence Sattar Hajee Abdoula et Arvindsingh Gokhool n’auront d’autre choix que d’aller vers la liquidation ».

L’intimidation est claire en tentant, notamment, de faire porter la responsabilité d’une éventuelle liquidation à ceux qui « continuent à tenir la corde raide ». L’intimidation est accompagnée d’une insinuation pernicieuse, en l’occurrence, celle des actions entreprises qui pourraient constituer des entraves. Alors que ce sont les administrateurs qui, au départ même, ont sollicité, et obtenu, une extension des délais normalement impartis pour mener à bien une administration volontaire. Et, en dépit du délai obtenu, ne sont toujours pas en mesure de décliner un projet de restructuration et de fournir un état des lieux des actifs et des passifs ainsi que le relevé des créances et la liste des créanciers de la compagnie nationale d’aviation.

119. The Applicant avers that it is urgent and necessary that the Respondent is ordered to comply with the requirements of the Procedural Agreement by engaging into full consultation with the Applicant before any decision is taken with regards to the employment of the Applicant’s members. For the purpose of such consultation, it is necessary that the Respondent provides to the Applicant all relevant material, information and documentation with respect to the state of affairs of the company in order for the parties to give effect to the purpose of the section 51(8) of the Employment Relations Act. Such information include:

a. Statement of affairs made by the directors;

b. statement of assets and liabilities of the company, as at date;

c. number of creditors having produced claims and the total amount of claims received so far; and

d. any plan on the reduction of workforce prepared by the Respondent.


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One comment

  1. Voila du vrai journalisme, bravo! Une plume intelligente, du français impeccable, des informations factuelles et precises; merci.

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